la panthère et le lion

Deux semaines plus tard, j’éprouvai un vif plaisir à refaire la randonnée qui me conduirait au lieu de rendez-vous avec le Maître Saint-Germain. Je partis à quatre heures du matin et atteignis la lisière de la forêt vers neuf heures. Je n’avais pas fait vingt pas sous le couvert des arbres que le cri plaintif de mon amie la panthère se fit entendre. Je lui répondis aussitôt. Elle bondit à mon côté, me fêtant comme un vieil ami et nous partîmes ensemble vers le lieu du rendez-vous.
La panthère me paraissait très inquiète et semblait souffrir d’une agitation intérieure. C’était inattendu car elle se montrait toujours très paisible en ma présence. Je pris sa magnifique tête et la caressait, essayant de la calmer, mais en vain. Je m’assis et nous prîmes le déjeuner.
« Allons, en route pour une promenade », lui dis-je à la fin du repas. La bête me fixa intensément avec un regard pathétique que je n’ai plus jamais vu ensuite. Pour l’heure, je n’y comprenais rien.
Nous avons parcouru un petit bout de chemin et arrivions au pied d’une falaise de quatre mètres de hauteur et que dépassait un rocher surplombant quand quelque chose me fit tourner le regard vers la panthère. L’expression de ses yeux était féroce et sauvage. Je sentis une forte tension dans l’atmosphère, mais je ne comprenais toujours pas de quoi il s’agissait. Je m’avançai encore de quelques pas et sentis alors un grand frisson me parcourir: levant la tête, j’aperçus un lion des montagnes, accroupi et prêt à bondir. L’instant d’après, il s’élançait sur moi. Je me jetai contre la falaise si bien que le lion atterrit au delà de l’endroit où je me trouvais et, comme un éclair, la panthère s’élança. Les deux bêtes s’étreignirent dans un combat mortel.
Aucun mot ne peut décrire l’horreur de la lutte qui suivit. Ils criaient, hurlaient, s’entre déchiraient et se lançaient des coups de griffes. Le lion était plus fort et il semblait pouvoir prendre l’avantage. La panthère, pourtant, finissait par se dégager car elle était plus souple dans ses mouvements. Il y eut une pause d’un instant puis, d’un bond, elle sauta sur le dos du lion et referma sa mâchoire sur sa nuque. L’étreinte de la panthère était mortelle. Après quelques secondes au cours desquelles ils se débattirent enlacés, les mouvements du lion devinrent plus faibles, puis cessèrent complètement. En chancelant, la panthère vint vers moi, le côté affreusement déchiré. Elle me regarda et toute férocité avait disparu de ses yeux, mais ses forces s’épuisaient rapidement. Une expression de contentement apparut sur son masque et, soudain, poussant un cri plaintif, elle tomba morte à mes pieds.
Je restai immobile, pleurant silencieusement la mort de mon amie, car je m’y étais attaché comme à un compagnon humain. Puis, comme je levai la tête, je vis Saint-Germain qui se tenait près de moi.
« Mon Frère Bien Aimé, ne soyez ni triste ni découragé, me dit-Il. Votre contact avec la panthère avait à ce point haussé sa conscience qu’elle ne pouvait plus vivre dans cette forme, et la Grande Loi Cosmique exigeait qu’elle payât sa dette pour ce service. Elle vous l’a rendu avec amour en vous sauvant la vie. Tout est donc dans l’ordre et soyez en paix. »
Tout sentiment de douleur me quitta. Je me sentais complètement soulagé.

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