la mine de Mrs Atherton

Le jour suivant, à la suite d’une communication, je me trouvai engagé dans des affaires qui devaient absorber tout mon temps et toute mon attention. L’idée de ces futures activités me donnait une grande joie et je me mis au travail avec enthousiasme. Je me sentais plein d’allant et de jeunesse, chose qui ne m’était jamais arrivée dans le domaine des affaires.
Le cours des choses me mit en contact avec un homme au caractère très dominateur. Dans ses affaires, il ne s’occupait que de la réalisation de ses désirs; s’il rencontrait de l’opposition ou si ses intrigues ne donnaient pas de résultat, il employait la force. Il ne croyait qu’au pouvoir de son intellect et de sa volonté humaine, et il n’avait aucune autre connaissance ou foi quelconque. Il n’hésitait jamais à écraser ou à ruiner les personnes ou les choses qui entravaient sa réussite, et tous les moyens lui étaient bons pour arriver à ses fins égoïstes.
Je l’avais déjà rencontré trois ans avant l’expérience qui va suivre et, dans ce temps-là, je m’étais senti presque sans force en sa présence, si puissant était le sentiment de domination qui émanait de lui. Pourtant, en dépit de ma propre réaction à son égard, je savais que son contrôle des autres n’était qu’une concentration de force projetée dans son activité extérieure. Je fus un peu troublé à l’idée que j’allais de nouveau avoir à faire avec cet homme, mais immédiatement je cherchai le moyen dans mes relations avec lui d’appliquer la Loi Divine, lorsque la Voix Intérieure me dit clairement: « Pourquoi ne pas laisser le Tout-puissant Dieu Intérieur prendre en charge et diriger toute cette situation. Cette Puissance Intérieure ne connaît pas ce genre de domination. Elle est toujours Invincible. » Je fus immensément reconnaissant et abandonnai tout à Sa Direction.

Je rencontrai cet homme en même temps que deux autres personnes intéressées, et nous convînmes d’aller visiter ensemble une propriété minière dans un état éloigné. J’eus l’intuition qu’il s’agissait d’une mine de grande valeur; la propriétaire en était une dame d’un certain âge dont le brave mari avait trépassé quelques mois auparavant à la suite d’un accident dans la mine.
Il avait tout laissé dans une condition précaire et notre ami dominateur avait décidé d’acheter la mine au prix qui lui convenait et qui n’était pas un prix honnête. Après un voyage de deux jours en auto, nous arrivâmes à destination en début d’après midi. La propriétaire me semblait être une bonne âme, loyale et honorable. L’ayant rencontrée, je pris aussitôt la décision qu’elle recevrait son du, c’est à dire l’exacte valeur de la propriété. Nous visitâmes les chantiers, les tunnels, les puits et les machines. Plus j’observais et plus je me rendais compte que tout n’était pas très net, je le sentais même dans l’atmosphère que je respirais. J’acquis la certitude qu’un riche filon avait été découvert et que le propriétaire n’en avait pas eu connaissance. Je découvris aussi que l’acheteur éventuel avait secrètement chargé l’un des ouvriers de surveiller les travaux. Pendant ces semaines d’espionnage, il avait gagné la confiance du surintendant qui, au fond, était honnête mais non encore éveillé spirituellement.
Comme nous discutions avec lui justement, mon Dieu Intérieur me révéla tout ce qui s’était passé: quelque temps auparavant, comme lui et l’espion inspectaient les travaux, ils arrivèrent à un endroit où l’exploitation avait entamé la roche en face d’un tunnel conduisant dans le cœur de la montagne. L’explosion avait mis à jour une riche veine de quartz aurifère; le surintendant était sur le point de se précipiter vers la propriétaire pour le prévenir lorsque l’espion lui dit: « Attendez! Je connais l’homme qui veut acheter cette mine, et si vous voulez garder votre situation, je vous conseille de ne pas parler de cette découverte. Je pourrai faire en sorte que vous puissiez rester surintendant, et il pourrait y avoir en plus cinq mille dollars pour vous. La vieille dame aura toujours bien assez pour subsister. »
Le surintendant, craignant pour la perte de sa situation, acquiesça.

Au cours de la visite, nous arrivâmes au bout du tunnel et, là, je sentis fortement que c’était l’endroit où la veine avait été mise à jour. Elle avait été habilement camouflée et passait pour un passage glissant où il était dangereux de travailler. Tel était le rapport qui avait été fait à la propriétaire de la mine. Je me tenais là, parlant avec les autres, lorsque ma vue subtile s’ouvrit et je vis tout ce qui s’était passé: la découverte de la veine, son camouflage, l’offre au surintendant et l’acceptation de celui-ci. Je fus reconnaissant de recevoir ainsi la confirmation de mon sentiment, mais il fallait attendre. Nous retournâmes à la demeure de la propriétaire et les négociations commencèrent. L’acheteur ouvrit la discussion en disant:
« Mrs Atherton, que demandez-vous de cette propriété ?
– Je l’estime à 250 000 dollars, répondit-elle avec douceur et courtoisie.
– Quoi! C’est absurde, insensé, ridicule! cria-t-il, elle ne vaut même pas la moitié de cette somme! » et il continua sur ce ton pendant un moment, bluffant comme à son habitude, cela lui avait souvent réussi et il continuait. Il argua, tempêta et termina en disant: « Mrs Atherton, vous êtes dans une position où vous devez vendre, je veux être généreux avec vous, aussi je vous donnerai 150 000 dollars.
– Je vais réfléchir », répondit-elle. Elle était si impressionnée par cette attitude qu’elle semblait commencer à accepter les suggestions et à fléchir sous son arrogance sans pudeur. La sentant vaciller, il tenta une autre pression : « Je ne puis attendre, dit-il, mon temps est précieux. Décidez-vous tout de suite ou bien j’abandonne l’affaire! »
Il sortit un contrat de sa poche et le posa sur la table. Mrs Atherton, désemparée, cherchait un appui du regard. Je lui fis un signe « non » de la tête mais elle ne sembla pas le voir. Le contrat était là, prêt. Elle traversa la pièce, approchant une chaise de la table, et s’apprêta à signer. Je compris que si elle devait être secourue, il me fallait agir maintenant et, me plaçant à ses côtés, je m’adressai à notre ami dominateur:
« Un instant, je vous prie. Il vous faudra payer à cette dame le prix que vaut cette mine ou vous ne l’aurez pas! »
Il retourna alors sa hargne contre moi en essayant de m’assommer par des invectives très blessantes avec sa tactique habituelle: « J’aimerais bien savoir qui va m’empêcher d’avoir cette mine au prix que j’ai décidé! », dit-il méchamment.
C’est alors que le ‘Tout-puissant Dieu Intérieur’ surgit et une descente de force m’envahit comme une avalanche. Nullement impressionné par sa tirade agressive, je répondis simplement: « Dieu! Lui vous en empêchera. »
Cette réponse le fit éclater de rires. il continua à tempêter pendant un petit moment, cyniquement, grossièrement. J’attendais patiemment.
« Espèce d’imbécile, reprit-il dans une autre tirade rageuse. Vous radotez sur Dieu, mais ni vous, ni Dieu, ni quoi que ce soit ne peut m’arrêter. J’obtiens toujours ce que j’ai décidé d’obtenir et je l’obtiens en dépit de tout. Personne jusqu’ici n’a pu me retenir. »
Son arrogance paraissait sans limite. Corps et âme, il était la proie de ses passions. Sa raison était incapable de fonctionner, comme c’est toujours le cas lorsqu’on ne contrôle pas les sentiments, sinon elle l’aurait averti de ne pas dépasser certaines limites dans les insultes.
Je sentis à nouveau l’Expansion du Pouvoir Divin en moi. Cette fois, il se manifesta avec une force décuplée. Comme un clairon, la Voix Divine de mon Dieu Intérieur clama la vérité sur toute la transaction, avec la fraude opérée dans la mine.

« Mrs Atherton, dis-je, vous avez été grossièrement trompée. Vos ouvriers sont tombés sur une veine très riche. Cet homme avait un espion parmi eux et il a acheté le silence du surintendant pour ce qui concerne cette découverte. »
Le surintendant et tous ceux qui étaient dans la pièce blêmirent tout en restant muets, tandis que ‘Dieu en-Soi’ continuait d’exposer leur traîtrise. L’éventuel acheteur, pendant un instant, sembla être à la hauteur de la situation. En m’interrompant, dans un accès de colère, il s’écria: « Vous mentez! Je vais vous casser la tête pour votre ingérence! »
Il brandit sa canne d’acier et, comme je levai la main pour m’en saisir, une flamme blanche jaillit et le frappa en plein visage. Il s’écroula, comme foudroyé. Mon Dieu Intérieur et Puissant parla alors de nouveau, avec toute la Majesté de Son Éternelle Autorité: « Que personne ne bouge avant que je n’en donne la permission! »
Non pas le moi extérieur mais bien ‘Dieu-en-Action’ s’avança vers l’homme à terre et continua: « Grande Âme de cet homme, je vous parle! Trop longtemps vous avez été la prisonnière de cette personnalité dominatrice, surgissez maintenant! Prenez la direction de son intellect et de son corps! Réparez maintenant les nombreuses erreurs qu’elle a commises pendant cette vie. Dorénavant, cette forte création humaine de discorde et d’injustice dont cet homme est l’auteur sera consumée et jamais plus elle ne parviendra à dominer ou à tromper humainement les Enfants de Dieu ».
Puis, au moi extérieur, je dis: « Réveille-toi! Avec la Paix, l’Amour, la Bonté, la Générosité et la Bonne Volonté envers la Vie! »
Lentement, les couleurs revinrent sur le visage de l’homme et il ouvrit des yeux égarés. ‘Dieu-en-moi’ toujours en action le prit par la main et, lui offrant le bras, l’aida à gagner un fauteuil confortable. De nouveau, Il ordonna: « Mon Frère, regardez-moi! » Il leva les yeux vers moi, et tout son corps fut pris d’un tremblement; d’une voix à peine audible, il dit: « Oui, j’ai vu! Je comprends tout le tort que j’ai fait. Que Dieu me pardonne! »
Il se prit la tête entre les mains et se cacha le visage, honteux et silencieux. Des larmes se mirent à couler entre ses doigts et il pleura comme un enfant.
« Vous allez payer à cette dame 1 000 000 de dollars, continua mon Soi Divin, et lui accorder dix pour cent d’intérêts sur les bénéfices de la mine, parce que la nouvelle veine récemment mise à jour vaut au moins 10 000 000 de dollars en minerai d’or. »
Avec humilité et une étrange douceur, il répondit: « Qu’il en soit ainsi immédiatement! », et, abandonnant son ancienne habitude d’ordonner, il demanda à ses employés de rédiger les contrats en accord avec les directives qui venaient de lui être données. Mrs Atherton et lui signèrent, la transaction venait d’être conclue.
Je me tournai vers les autres personnes et compris alors, d’après les expressions des visages, que les consciences avaient été surélevées et qu’elles avaient vu au-delà du voile humain. Tous me dirent: « Jamais, avec l’aide de Dieu, nous n’oserons plus tromper ou faire du tort à l’un de nos semblables. »
Ils avaient été exaltés au point de reconnaître la Présence du Soi Divin en tous.

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