nouvelle rencontre

Quelques jours après, le courrier du matin m’apporta une lettre étrange, me demandant de me rendre à une certaine adresse à Tucson, Arizona. Elle suggérait que l’information qui devait m’être donnée était de telle nature qu’elle ne pouvait l’être que de vive voix. Je m’étonnai de l’étrangeté de la missive et, cependant, me sentis intérieurement poussé à aller au rendez-vous.
Au bout de quelques jours, je me rendis à l’adresse, sonnai, et aussitôt la porte s’ouvrit devant un gentleman frisant la quarantaine, bien bâti, un mètre quatre vingt dix environ, les yeux et les cheveux gris. Je me présentai et il m’accueillit par une poignée de main cordiale et sincère. Je compris sans l’ombre d’un doute que j’avais affaire à un être loyal et sûr. Son regard était ferme et sans crainte et il donnait l’impression d’avoir une énergie sans borne. Il se dégageait de lui une harmonie intérieure et je pensai que tout ceci pouvait être le début d’une profonde et merveilleuse amitié. Lui aussi paraissait être conscient qu’un lien intérieur existait entre nous. Il me pria d’entrer et me fit asseoir.
« Vous êtes ici en réponse à ma demande, me dit-il, et elle a dû pourtant vous paraître étrange: je vous en suis très reconnaissant. Votre adresse m’a été donnée par quelqu’un dont je vous parlerai plus tard. Comme explication, voici ce que j’ai à vous dire: j’ai fait de remarquables découvertes et je vous demande d’y ajouter foi jusqu’à ce que je puisse vous emmener sur les lieux, et vous prouver la réalité et la vérité de mes dires. J’ai été avisé d’entrer directement en contact avec vous, et vous êtes la seule personne à qui je dois révéler ces choses et avec qui je dois avoir affaire. Pour commencer, je vais être obligé de vous raconter des évènements survenus il y a vingt ans.
« Dans ce temps-là, j’avais une femme; elle était très belle et je me rends compte maintenant qu’elle avait une croissance intérieure que je ne soupçonnais pas alors. Nous eûmes un fils que nous adorions. Pendant cinq ans notre bonheur fut complet, mais soudain, sans aucune raison et sans avertissement, l’enfant disparut. Nous fîmes de longues recherches et tout ce qui est humainement possible pour le retrouver, mais sans résultat. Sa mère ne se remit jamais du choc et cinq mois plus tard, elle mourut.
« Dans les derniers jours de sa vie, elle me fit une requête étrange: elle me demanda de conserver sa dépouille pendant sept jours avant de la passer à la crémation. Ceci me parut d’autant plus étrange que le sujet n’avait jamais été effleuré entre nous, cependant, j’accédai à son désir. Imaginez ma surprise quand, cinq jours après les funérailles, je reçus un coup de téléphone du gardien du caveau me disant qu’il l’avait trouvé ouvert et que le corps avait disparu. Aucun indice concernant ce curieux évènement ne fut jamais découvert.
« Un matin, seize ans plus tard, en me réveillant, je trouvai une lettre sur le plancher de ma chambre. Elle m’était adressée mais ne portait pas de cachet de la poste. Son contenu me laissa stupéfait et incrédule. Le voici: « Votre femme et votre fils sont vivants, bien portants et en pleine forme, vous les verrez bientôt. Prenez patience jusque là. Réjouissez-vous de ce que la mort n’existe pas. En temps voulu, vous recevrez par la même voie des indications qu’il vous faudra suivre à la lettre. Tout dépend de votre silence. Vous aurez l’explication complète de ce qui vous a paru si mystérieux. Vous comprendrez alors que la vérité est bien plus étonnante et bien plus étrange que n’importe quelle fiction, car même la fiction la plus extraordinaire n’est que le souvenir d’une vérité qui est réalisée quelque part dans l’Univers. Signé: un ami. »

« Mon ami, vous pouvez imaginer mon étonnement. Je ne crus d’abord pas un mot de cette histoire, mais trois jours plus tard, j’étais assis devant le feu lorsque j’entendis la voix de ma femme bien-aimée aussi clairement et distinctement que si elle avait été dans la pièce à mes côtés. Elle me disait: « Robert bien-aimé! Je suis vivante et heureuse et notre fils est près de moi. Nous serons si heureux lorsque vous serez de nouveau près de nous. Ne doutez pas du message que vous avez reçu, tout est vrai. On vous mènera près de nous si vous ne permettez pas au doute de fermer la porte. Je vous parle au moyen d’un Rayon sonore dont vous apprendrez un jour à vous servir. »
« Je ne pus supporter la tension plus longtemps et dis: « Montrez-vous à moi et je vous croirai! » et aussitôt, la voix répondit: « Attendez un instant! »
Au bout de trois minutes, un rayon d’une étincelante lumière dorée apparut dans la pièce, formant comme un tunnel et, à l’autre extrémité, ma femme se tenait là, dans toute sa beauté. C’était elle sans aucun doute possible. « Bien Aimé, me dit-elle, bien des miracles se sont produits dans votre vie, pendant des années, mais parce que votre attention n’était pas éveillée, nous avons dû vous attendre jusqu’à maintenant. Ayez confiance dans le message qui vous parviendra bientôt. Alors, vous viendrez à nous, et je vous assure qu’un nouveau monde s’ouvrira pour vous. Il n’y a pas de barrière pour notre grand amour. »
« Brusquement, le rayon de lumière s’évanouit et, avec lui, la voix. Ma joie était sans bornes! Je ne pouvais douter plus longtemps. Je ressentais une paix, une détente, un repos que je n’avais pas connus depuis des années. Après des semaines d’attente qui, je le sais maintenant, furent le temps nécessaire à ma préparation, le message que je désirais tant arriva, avec un plan et des indications à suivre.
« Je vis que tout ceci allait me conduire dans les hautes montagnes, au Sud-est de Tucson, dans l’Arizona. Je préparai aussitôt mon départ, annonçant à mes amis que j’allais faire un peu de prospection. Je pris un cheval de selle et un autre pour mes bagages. Je ne rencontrai aucune difficulté à suivre les instructions qui m’avaient été données. A vol d’oiseau, j’aurais facilement couvert la distance en deux jours, mais il m’en fallut trois pour arriver près d’une gorge sans issue, que je n’aurais même pas remarquée si le détail n’avait pas été indiqué sur le plan. J’y parvins juste au coucher du soleil, et je venais d’installer mon camp lorsque la nuit tomba. Je m’enroulai dans une couverture et m’endormis rapidement, et je rêvai, avec la plus grande netteté, qu’à mon réveil, je voyais un jeune homme debout devant moi et qui me regardait.
« C’est ce qui se passa le lendemain car, à ma grande surprise, je vis le même jeune homme en chair et en os qui me regardait intensément. Il me salua chaleureusement en souriant et en disant: « Mon ami, on s’attend à ce que vous me suiviez! »
« Je remarquai que mes affaires étaient déjà prêtes. Sans plus d’information, il se retourna et me conduisit vers la tête du canyon. Une heure plus tard environ, nous nous arrêtâmes à cause d’une falaise qui semblait couper le chemin devant nous. Il posa la main sur le rocher et pressa. Une section du mur, trois mètres sur trois mètres et demi, s’enfonça de trente centimètres et glissa sur le côté. Nous entrâmes dans un tunnel qui, il y a des siècles, avait dû servir de cours souterrain à une rivière. Mon compagnon ferma l’entrée derrière nous et, comme nous avancions, une douce lumière se répandit autour de nous et nous éclaira. J’étais étonné par tout ce que je voyais, mais je me souvenais de l’admonition de ‘rester silencieux’ reçue au cours de mon instruction.
« Nous marchâmes dans le tunnel pendant plus d’une heure, et arrivâmes finalement devant une massive porte de métal. Elle s’ouvrit lentement au toucher de mon compagnon. Il se mit de côté pour me laisser passer. J’eus le souffle coupé par la beauté de la scène qui s’offrit à mes yeux: sur une centaine d’acres environ, devant nous, s’étendait une vallée inondée de soleil, d’une surprenante beauté. « Mon ami, dit le jeune homme, vous revenez chez vous après une longue absence et vous allez bientôt tout comprendre. »

« Il me conduisit vers une magnifique résidence, au pied d’une falaise verticale, à l’extrémité supérieure de la vallée. Comme nous approchions, je pus voir de nombreuses espèces d’arbres fruitiers, et des légumes qui poussaient en abondance. Des oranges, des dattes, des noix, des pécans… Une belle chute d’eau tombait de la falaise et formait un lac limpide à sa base.
« Le bâtiment était massif et semblait être là depuis des siècles. Nous étions presque arrivés lorsqu’une femme vêtue de blanc apparut sur le seuil. Je reconnus ma femme, plus belle que jamais. Je la serrai dans mes bras. Après toutes les angoisses de ces années écoulées, mon émotion était trop forte. Elle se retourna et, mettant son bras autour du jeune homme qui m’avait conduit, elle dit: « Robert, voici notre fils!
– Mon fils! »
« C’est tout ce que je pus articuler tellement la surprise me suffoquait. Il s’avança, mit ses bras autour de nous deux, et nous restâmes ainsi quelques instants, plongés dans un sentiment de profond amour et de gratitude envers la vie, heureux finalement. Je réalisai soudain que seize années s’étaient écoulées depuis sa disparition et que, à présent, il devait avoir vingt et un ans. Il répondit à ma pensée et me dit: « Oui, père, j’ai vingt et un ans. Demain, c’est mon anniversaire.
– Comment pouvez-vous lire ma pensée aussi facilement, lui demandai-je.
– Oh! C’est une chose très facile et très courante pour nous, répondit-il. Vous trouverez cela naturel, et vraiment simple, vous aussi, quand vous aurez compris comment le faire. Venez, continua-t-il, vous devez avoir faim. Allons manger quelque chose. »
« Leurs bras autour de moi, nous entrâmes dans cette ancienne demeure. L’intérieur était décoré d’onyx rose et de marbre blanc. Ils me conduisirent vers une jolie chambre inondée de soleil où je pus me rafraîchir. Je vis ensuite qu’on m’avait préparé un costume de flanelle blanche qui m’allait parfaitement. Ceci me surprit encore mais, de nouveau, je me rappelai le commandement de rester silencieux. Je descendis et me trouvai face à un gentleman de belle apparence; il avait à peu près ma taille et de grands yeux sombres et perçants.
« Mon fils nous présenta: « Mon père, voici notre Bien Aimé Maître Eriel. C’est lui qui nous a sauvé la vie à Mère et à moi; il nous a instruits pendant toutes ces années, jusqu’à ce que vous soyez suffisamment préparé pour nous rejoindre. C’est lui qui vous a envoyé le message et les indications pour venir, car le temps est venu pour vous de recevoir un véritable entraînement. »
« Nous entrâmes dans la salle à manger, qui était somptueuse, et je ne pus m’empêcher d’exprimer mon admiration. Elle avait été placée à l’angle Sud-est de la maison, au rez-de-jardin, et était inondée de soleil du matin au soir. Les murs étaient lambrissés de noyer aux sculptures profondes; les solives apparentes, au plafond, alternaient avec des incrustations hexagonales. Une solide pièce de noyer, épaisse d’au moins cinq centimètres, reposait sur un piédestal abondamment sculpté et servait de table. Elle paraissait avoir plusieurs milliers d’années. Nous prîmes place autour et, aussitôt, un jeune homme plutôt élancé entra. Mon fils me le présenta également: « Voici mon frère Fun Wey, que notre Maître a ramené de Chine alors qu’il n’était encore qu’un enfant, en danger de perdre la vie. Il appartient à une très ancienne famille chinoise et peut accomplir des choses merveilleuses. Il a toujours désiré nous servir et c’est un privilège pour nous de pouvoir l’appeler frère. Il est sans doute une des natures les plus joyeuses que j’ai connue. »
« Parmi les mets servis pour le petit déjeuner, il y avait des fraises parfumées, des dattes et des gâteaux aux amandes.

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