épilogue

Ma gratitude envers Saint-Germain pour tout ce que j’avais reçu était trop profonde pour être exprimée par des mots. Il lut dans mes sentiments et dans mes pensées comme dans un livre, et nous restâmes assis quelques instants en parfaite harmonie. Il me fit sortir de ma rêverie pour me faire contempler les merveilleuses couleurs du crépuscule.
Je désirais passer la nuit sur la montagne et ne rentrer que le lendemain pour jouir du lever du soleil. Je n’avais pas plus tôt ressenti ce désir qu’un magnifique sac de couchage apparut à mes pieds. Il ne ressemblait à rien de ce que j’avais vu jusqu’à présent: je me penchai pour examiner l’étoffe dont il était fait et, à ma grande surprise, je constatai qu’il dégageait de la chaleur. Je levai les yeux et Saint-Germain, en souriant, me tendit une coupe de cristal qui contenait un liquide doré qui avait la consistance du miel. Obéissant à son désir, je le bus et, aussitôt, une lueur irradiante traversa mon corps. Lorsque j’eus fini de boire, la coupe disparut de ma main.
« Oh ! Pourquoi n’ai-je pu garder cette magnifique pièce? », demandai-je étonné. « Patience, Mon Fils », me dit-Il, « vos désirs ne sont-ils pas satisfaits l’un après l’autre? De la même manière, votre sac de couchage ne subsistera que jusqu’à l’aube. Votre amie la panthère vous gardera pendant la nuit. » Avec le plus gracieux des sourires, Il s’inclina légèrement: son corps devint graduellement indistinct, puis il disparut complètement.

Je m’éveillai alors que les premières lueurs de l’aube apparaissaient au levant et ma première pensée fut pour le sac de couchage qui m’avait servi si confortablement. A cette pensée, il s’évanouit, retournant à la Substance Universelle d’où il était venu.
La panthère me rejoignit et, ensemble, nous prîmes le chemin du retour. Nous marchâmes un certain temps avant d’entendre des voix humaines: l’animal renifla l’air, s’arrêta net devant moi et me regarda. Je me penchai pour la caresser et lui dis: « Maintenant, tu peux t’en aller ». Elle disparut d’un bond dans l’épais fourré qui était à droite du sentier. Je continuai ma route sans incident et j’atteignis mon logement un peu avant midi, dans un état d’esprit difficilement descriptible.
J’avais besoin de réfléchir, de me mettre en contemplation, j’avais besoin d’ajuster mon entendement à toutes ces idées complètement nouvelles. Les expériences si rares et pourtant si réelles par lesquelles je venais de passer au cours de ces dernières quarante huit heures me forçaient à réviser tous mes concepts.
J’étais heureux à l’extrême et cependant tout se passait comme si un autre Univers était apparu autour de moi. Il y avait bien, à l’extérieur, ce vieux monde prosaïque dont j’avais toujours été sûr, mais l’était-il? A l’intérieur même de ce vieux monde m’était apparue une manifestation d’une puissance incroyable dont je n’avais jamais soupçonné l’existence; m’étaient apparues également des révélations étonnantes sur la liberté et le pouvoir dans toute la manifestation, et j’avais vécu des expériences merveilleuses. Toute ma vie, j’avais été entouré par ces soi-disant miracles que je découvrais maintenant, et pendant toutes ces années, je les avais tout simplement complètement ignorés comme si rien de tel ne pouvait exister. Je méditai, plus profondément que je ne l’avais fait dans ma vie.
L’heure du dîner arriva mais je n’avais pas faim. Je commandai pourtant un verre de lait. On me l’apporta et je le portais à mes lèvres: imaginez ma surprise quand je constatai qu’il était devenu le même liquide crémeux que celui que Saint-Germain m’avait déjà fait boire. Le repas terminé, je rentrai chez moi et quand, avant de me mettre au lit, je décidai de prendre mon bain, tout à coup, un courant électrique me parcourut de la tête aux pieds. Instinctivement, je tendis la main et, dans la seconde, un petit cube d’une substance pareille à du cristal se forma dans ma paume. Je compris que je devais le mettre dans l’eau du bain et sitôt que je l’y lançai, celle-ci se mit à bouillonner et à étinceler comme si elle était vivante. J’entrai dans le bain et ressentis un picotement dans chaque cellule de mon corps. Je me sentais comme chargé par un courant électrique très puissant qui illuminait et fortifiait tout mon être. Le bain terminé, je me couchai et sombrai dans un sommeil sans rêve.

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